ORVAL CARLOS SIBELIUS - Ordre et Progrès

Cette semaine, du 1er au 5 mai 2017, les radios FERAROCK vous font découvrir le nouvel album "Ordre et Progrès" de Orval Carlos Sibelius sorti le 28 avril 2017 sur Born Bad Records


Enregistrer la musique la plus lumineuse et conquérante qui soit pour conjurer une mélancolie sans fond. Ça pourrait être une définition de la pop, celle de l’âge d’or, quand The Beach Boys ou The Left Banke s’autorisaient tous les excès orchestraux pour sublimer la force vitale de l’adolescence, tandis que Pink Floyd et The Soft Machine enfonçaient les portes de la perception. Celle vers laquelle revient sans cesse Orval Carlos Sibelius, presque malgré lui. « Je cherche à prendre la tangente mais je me retrouve toujours
sur le même chemin », avoue-t-il. « Dès que je lutte contre moi-même, ça ne donne rien de bon. » Dans un monde joyeusement amnésique, où l’injonction à la nouveauté éteint lentement les symboles, c’est à la constance qu’on repère les artistes. Aux obsessions qu’on reconnaît les auteurs. Quand on porte en soi un héritage de mélodies luxuriantes et de vertiges psychédéliques, pourquoi chercher d’autres moyens de se sentir vivant ? Tous les passés sont fertiles, pourvu qu’on les cultive avec un coeur d’aujourd’hui. On peut croire Orval Carlos Sibelius quand il dit que sa musique serait la même si personne n’avait l’idée de l’écouter. C’est d’ailleurs ce qu’il a fait pendant longtemps, d’abord sous l’alias Snark puis sous celui qu’on lui connaît depuis 2006, l’année où il a décidé de se mettre à chanter. Et il aurait continué ainsi jusqu’à son dernier souffle si son album Super Forma n’avait rencontré en 2013 un certain succès.
Alignement des planètes ou aboutissement formel d’un fantasme personnel ? La première raison aurait suffi à « faire sensation ». La seconde à filer des suées à la concurrence. Mais c’est bien l’alliance des deux qui est la marque des oeuvres importantes. Celles qui ne vieillissent pas, ou si peu, et qui, contre tout factice paradoxe, parlent le mieux à leur époque. Trois ans après ce coup d’éclat, Orval Carlos Sibelius risquait avec le LP Ascension une incartade instrumentale à la grammaire épurée, taillée pour dialoguer avec les images d’un documentaire presque introuvable, « Les Rendez-vous du Diable » de Haroun Tazieff. Une tangente vers la glace et le feu, loin des exaltations baroques, mais essentielle pour qui avance à grandes enjambées sur le fil de la pop éternelle. Quand Orval Carlos Sibelius chasse le naturel, on peut être sûr qu’il va revenir au galop. En l’occurrence, c’est une véritable chevauchée des Valkyries qu’on découvre sous ce titre aussi héroïque qu’ironique : Ordre et Progrès. Quelque chose comme une superproduction intimiste, un péplum existentiel. Son album
le plus décomplexé et aussi le plus musclé, comme si Led Zeppelin et Shellac venaient en renfort pour décupler la flamboyance des mélodies, et contrebalancer de plus belle une « désintégration proche et inévitable ». Pour parvenir à ses fins, Orval Carlos Sibelius a choisi ses musiciens « comme le braqueur organise son coup ». La batterie, l’un de ses instruments fétiches, est laissée aux bons soins de Basile Ferriot (One Lick
Less), passé par le post-rock et le metal hardcore. La basse arrive entre les mains de l’hyperactif Vincent Mougel (Kidsaredead). Le chevronné Philippe Thiphaine (Heliogabale) fait valoir sa science des riffs de guitare acérés. Et pour mettre de l’ordre dans ce mille-feuille sonore – jusqu’à 140 pistes par morceaux, « plus que ce que Protools pouvait emmagasiner » - Stéphane Laporte (Domotic, Egyptology) partage son oreille éclairée. Pourtant, le patron ne leur a pas lâché la bride : chaque rebondissement, chaque excès, chaque éclat est né dans sa tête et porte le sceau de sa vie intérieure. C’est ainsi que, pour la première fois, il s’autorise à chanter en français, sans pour autant renoncer à cette qualité de la pop qu’il aime, qui n’a pas besoin de littéralité pour être comprise par les tripes. Du singulier au collectif, la translation s’opère par le son des mots et le choc des harmonies, laissant chacun maître de son interprétation. Maintenant que cette oeuvre baroque est fixée dans la cire, Orval Carlos Sibelius peut repartir vers de nouvelles aventures intérieures, qui décanteront avant de nous être communiquées. Après la tempête du studio, le calme de la chambre où sa musique se régénère. « Ce que je préfère dans la vie, c’est rêvasser sur le morceau que je suis en train de faire, tant qu’il n’est pas encore fixé. Un peu comme un amour naissant, quand tout est encore possible. » En attendant la suite de cette romance pop perpétuelle,
laissons-nous faucher par la maestria épique d’Ordre et Progrès.

Le nouvel album de Orval Carlos Sibelius est à découvrir et à gagner jusqu’au 5 mai sur les radios FERAROCK !

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