La Maison Tellier - Beauté pour tous

Dans son autobiographie, Woody Guthrie raconte comment il a laissé femme et enfants derrière lui pour s’enquérir d’un peu de travail et d’une vie de bohème ; avec pour seul bagage une vieille guitare sans étui. Un voyage qui a inspiré des discographies entières.


Ainsi, lorsqu’en 2010, la Maison Tellier revient pour L’Art De La Fugue, un troisième album en forme d’ode au voyage et à l’errance, on entendait déjà le vent souffler dans les plaines poussiéreuses et le train siffler trois fois tout au loin. Des clichés ? Oui, sans aucun doute mais l’adage veut que chaque stéréotype détient une part de vérité. Ainsi, la caricature de l’Amérique, c’est encore un peu l’Amérique authentique. Se rappelaient aussi à notre bon souvenir, leurs deux premiers disques (La Maison Tellier et Second Souffle, enregistrés pratiquement à la suite en 2006 et 2007) qui étaient parvenus à réunir les fans de Neil Young, Calexico, Moriarty et les amateurs d’un certain rock français élégant (pensez Dominique A ou Alain Bashung plutôt que... Noir Désir). Et puis il y a aussi cette reprise désormais fameuse de Killing In The Name (Rage Against The Machine), une relecture southern blues lancinante qui évacue toute l’hystérie extatique de l’originale, et la replace dans un contexte géographique et historique beaucoup plus pertinent.

Bref, à priori, on imaginait une ballade intimiste, un road movie à la Wim Wenders, quand les frangins Tellier nous embarquèrent pour une transhumance épique, un disque un peu foutraque, riche et déroutant, même pour ses auteurs. Si bien que lorsqu’il est question de retourner en studio pour un quatrième opus, Helmut et Raoul Tellier veulent insuffler une nouvelle dynamique à leur musique.

Pour la première fois, les deux songwriters écrivent toutes les chansons de l’album ensemble. Le choix de la langue aussi est capital. « Ne chanter qu’en français était prémédité, précise Raoul ; cela apporte une certaine cohérence esthétique dans la mesure où la langue influence réellement notre façon de composer ». Exit le chant en Anglais, donc. C’est aussi un moyen se défaire un peu de l’étiquette de cowboy acoustique accolée au groupe depuis ses débuts.

Ce désir de cohésion et de romantisme urbain aurait presque donné à Helmut des idées de concept album. Ainsi, derrière son titre en forme de slogan surréaliste, Beauté Pour Tous est à nouveau un récit de voyage. Un voyage dans le temps. Un voyage extraordinaire inspiré de steampunk, des films de Georges Meliès, des illustrations d’Alphonse de Neville et d’Edouard Riou (L’Exposition Universelle) ou par Octave Mirbeau (Prison D’Eden).

À la Troisième République, La Maison Tellier donne aussi des faux airs de far-west. Après tout, n’est-ce pas en ce temps que Buffalo Bill est venu fanfaronner sous la Tour Eiffel ? On ne s’étonnera pas donc d’y retrouver en filigrane, les ambiances americana douces, chères à 16 Horsepower (Sur Un Volcan) ou des ballades vénéneuses comme chez Nick Cave (Mauvais Coton). Et malgré sa grâce et son gout pour le verbe délicat, Beauté Pour Tous est un disque résolument rock. Raoul Tellier, le guitariste, a lui aussi radicalisé son discours et électrisé toute une partie de l’album. Ainsi, alors que Les Beaux Quartiers évoque les obsessions orientales de Led Zeppelin, La Maison de Nos Père se mute lentement en une élégie cosmique étrange, mélange savoureux de Pink Floyd et de BO de western spaghetti. Un chaos anglais organisé comme un jardin à la française. Un mélange de saveurs vintage et de textures modernes, de pop et de rock, de Vieux Continent et de Nouveau Monde.

+ d’infos : sur Facebook et www.lamaisontellier.fr

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